Un fleuve appelé Monsieur

 

Quand les hommes aident la nature à se rebeller...

 

Amis de Filovent, si la navigation fluviale représente pour vous le bonheur absolu, sachez que, dans certaines parties du monde, des fleuves sont aujourd’hui considérés comme des personnes juridiques, ce qui en soi ne vous empêchera pas de flâner sur leurs douces eaux et de savourer la beauté des rives, mais pourra toutefois vous soumettre à des contraintes. De quelle géographie parle-t-on ? Tout commence au printemps 2017, lorsque le Parlement de Nouvelle-Zélande reconnaît que le Whanganui, splendide ligne bleue serpentant des confins de l’île du nord vers le littoral sud-ouest, dispose de droits au même titre qu’une personne. En bénéficient aussi ses affluents. Quelques semaines plus tard, l’Inde accorde un statut identique au Gange (fleuve le plus pollué de la planète), à sa rivière Yamuna, ainsi qu’à un glacier de l’Himalaya. En France, une réflexion sur la personnalité juridique à accorder à la Loire se construit depuis peu...

 

Whanganui
Le fleuve Whanganui en Nouvelle-Zélande

 

Fleuve au tribunal

 

Les enfants aimeraient sûrement entendre le récit d’un fleuve plaidant sa cause à la barre d’un Palais de justice. De toute évidence, ce ne sera jamais le cas... Comment donc comprendre cette orientation courageuse que le droit néo-zélandais a prise ? Depuis 150 ans, le peuple maori se bat pour faire valoir son Histoire et ses pratiques, indissociables d’une connexion profonde avec les éléments naturels, particulièrement avec le Whanganui dont le cours aurait été remonté par Kupe, leur lointain ancêtre. Ils attribuent leur esprit à ce cours d’eau. Source de vie, ils en tirent leur force.... Depuis toujours, les Maoris se sont donnés le devoir d’assurer au fleuve un bien-être et de défendre ses droits. Être vivant inaudible pour les hommes, ils le représentent dorénavant au tribunal et parlent pour lui. Est-ce vraiment si étrange ?

 

fleuve

 

Nature à dominer... ou à écouter ?

 

Le Whanganui est défendu par deux compétences : une personne physique nommée par la Couronne et représentant la Couronne, et une personne physique désignée par la tribu, considérée (presque) comme l’incarnation du fleuve : « Je suis la rivière et la rivière est moi ». Cette conception étonnante de la nature, d’une juridiction de style animiste, fait réfléchir. Selon Laurent Neyret, professeur agrégé de droit privé à la Faculté de droit et de science politique de l’Université de Versailles : « En France, après le naufrage du pétrolier Erika en 1999, il y avait cette tentation chez certains juristes de dire “faisons de la nature une personne“. Mais, dans l’Hexagone comme dans les droits occidentaux plus généralement, cette logique ne convainc pas. ». Pour celles et ceux qui ont lu l’étonnant best-seller « La Vie secrète des arbres » du très sérieux Peter Wohlleben, les arbres se protègent mutuellement et communiquent. Il est donc temps d’entendre la nature.

 

Article rédigé par Véronique Michel
Redactrice-Veronique-Michel

Diplômée de l’Ecole du Louvre et titulaire de l'agrément de conférencier du Ministère du Tourisme et de la Culture, elle a travaillé pendant dix ans pour la galerie parisienne Marwan Hoss. Installée en Espagne depuis 1997, elle est chargée de conférences en Histoire des arts, cultures et religions du monde à l’Institut Français de Barcelone.

 
 


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