Jules Verne l’aurait adoré...

 

Un monde nouveau à portée de gouvernail

 

Il y a encore peu de temps, le relief sous-marin nous était presque totalement inconnu. Nous naviguions le nez au vent, l’œil vissé sur l’horizon, ivres des panoramas sublimes qu’offre la rencontre du ciel et de la mer, sans nous préoccuper de l’autre spectacle, celui des profondeurs des abysses ... Les Anciens abhorraient y penser... Ce monde dont on ignorait la nature donnait la chair de poule. Éviter toute rencontre avec ses créatures et toute interrogation, tel était l’objectif. Couler à pic plutôt que de savoir nager, tel était le salut... Mais... cette hostilité du matelot face aux ténèbres océaniques est révolue. Les fonds commencent à « parler » et racontent des merveilles. Depuis quelques décennies, l’avancée des sciences révèle aux chercheurs et au grand public des paysages sous-marins à en couper le souffle... Le grand canyon de Capbreton, dans les Landes, en est. Si Jules Verne ressuscitait, ce phénomène géologique hanterait son imaginaire, on ne peut en douter.

 

carte gouf capbreton

Carte du grand canyon de Capbreton (Infographie)

 

Un décor de cinéma

 

Fermons les yeux et laissons-nous conter ce lieu. Un étranger arpentant la plage de Capbreton ne peut soupçonner qu’à seulement 300 mètres du rivage s’ouvre une entaille colossale, démarrant en pente douce pour atteindre 300 km plus loin, à son extrémité, 4500 mètres de profondeur. Ce canyon serpente sur les fonds du sud du Golfe de Gascogne, presque en ligne droite le long de la côte espagnole jusqu’à Santander. Puis il bifurque direction nord pour se fondre dans le plancher Atlantique. Si un jour sonne la fin des temps par un retrait cinématographique de l’océan, nous verrions alors un paysage certainement similaire à celui du Grand Canyon du Colorado. Une différence de taille sépare toutefois ces deux phénomènes géologiques : la gorge américaine a une profondeur de 1500 mètres tandis que le Gouf gascon (c’est son nom !) offre une vallée creuse de quatre kilomètres cinq, bordée de falaises époustouflantes.

 

méduse chrysaora pacifica

Méduse chrysaora pacifica dans les profondeurs marines (photo Adobe Stock)

 

Respect

 

Ifremer (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer), acteur essentiel du développement de l’océanographie, a récemment cartographié le Gouf. Le résultat est sidérant. Mettre ces paysages « nouveaux » à portée de tous ne peut qu’aider à accroître l’intérêt du grand public pour l’espace sous-marin, ce grand inconnu. En est pour preuve la Journée du Gouf dont la première édition remonte à 2015. Géologues, géophysiciens, océanographes et autres scientifiques y interviennent, élargissant le sujet à d’autres exceptions géologiques comme les canyons de Nazaré et Setubal au large du Portugal, ou celui de Vitaez en mer Noire. Un patrimoine naturel inestimable contribuant à renforcer les liens entre l’homme et la mer. Si le siècle précédent a profondément dégradé l’écosystème marin, le XXIe peut initier une rédemption. Car au-delà de son paysage spectaculaire, un canyon comme celui de Capbreton sert de refuge à une précieuse biodiversité que nous aurions tort de négliger.

 

Pour prolonger vos rêves : Animation Capbreton

Article rédigé par Véronique Michel
Redactrice-Veronique-Michel

Diplômée de l’Ecole du Louvre et titulaire de l'agrément de conférencier du Ministère du Tourisme et de la Culture, elle a travaillé pendant dix ans pour la galerie parisienne Marwan Hoss. Installée en Espagne depuis 1997, elle est chargée de conférences en Histoire des arts, cultures et religions du monde à l’Institut Français de Barcelone.

 
 


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