Terror, un bateau au nom prémonitoire

 

Courses aux raccourcis

 

Le 19 mai 1845, l’expédition Franklin, sous le commandement de l’explorateur Sir John Franklin et du capitaine Francis Crozier, quitte l’Angleterre avec 129 hommes pour découvrir le passage du Nord-Ouest de l’Arctique, dans le grand nord canadien. La mission est périlleuse mais géo-stratégiquement importante : si une route maritime reliant l’Atlantique au Pacifique pouvait s’ouvrir par l’océan Arctique, ce raccourci entre l’Europe et l’Asie promettait des lendemains en or... Nous ne sommes chronologiquement pas loin de projets similaires bientôt en marche dans d’autres parties du monde : le canal de Suez, dont les travaux commenceront en 1859 et s’achèveront dix ans après, puis la laborieuse saga du canal de Panamá que Ferdinand de Lesseps tentera de percer dès 1881. L’expédition de Sir John Franklin est composée de deux bateaux : le HMS Terror et le HMS Erebus. Afin de manœuvrer plus en sécurité dans les glaces, les ingénieurs renforcent leurs coques par des plaques de fer et chaque navire se voit doté d’un moteur à vapeur de 20 chevaux, en soutien aux voiles.

 

HMS Terror

 

Rien ne peut arriver, tout a été pensé

 

Avec l’équivalent de trois ans de réserve de nourriture embarqué dans les cales, l’expédition semble invincible aux yeux de ceux qui assistent au départ. L’esprit du XIXe siècle est de nature conquérante, la fulgurance des avancées techniques et scientifiques lancées depuis la fin du XVIIIe laissent peu de place au doute. Le gouvernement britannique attend donc beaucoup de cette mission. Tout ira bien, c’est évident. L’aventure commence. Après un bref arrêt sur la côte ouest du Groenland, l’expédition est remarquée par des Inuits puis... plus rien. Ce n’est qu’en 1848, l’année prévue du retour, que l’inquiétude commence. Aucune nouvelle des deux vaisseaux... Débutent alors de longues recherches qui n’aboutiront... qu’en 2014 pour la découverte du HMS Erebus et 2016 pour celle du HMS Terror. On devinera le destin funeste des 129 membres de l’équipage, en premier lieu par des témoignages d’Inuits, puis par des indices recueillis lors d’expéditions menées par le capitaine Francis McClintock dès 1848, ordonnées par la Royal Navy.

 

épave HMS Terror
L'épave du HMS Terror retrouvée en 2017

 

Une peur inimaginable

 

Les Inuits évoquent des hommes blancs sur la banquise, les uns moribonds, les autres déjà morts. En 1859, McClintock trouve chez des autochtones des objets provenant des bateaux, ainsi que des tombes. Dans un cairn de pierre à Victory Point est découvert un tube en métal, un papier niché à l’intérieur. Des lignes, datées de 1847 racontent les bateaux bloqués par les glaces en septembre 1846. D’autres lignes, datées d’avril 1848 et signées par les capitaines Francis Crozier et James Fitzjames, indiquent la mort de Sir John Franklin le 11 juin 1847 avec celle de 24 hommes, certainement de froid ou de faim. Crozier semble avoir alors ordonné aux survivants l’abandon des navires. Tous connurent une longue, très longue agonie, errant dans les glaces. Depuis la localisation des épaves par les autorité canadiennes, d’émouvantes images nous parviennent, montrant les deux bateaux intacts, gisant par 24m de fond au large de l’île du roi Guillaume, debout, comme dernier signe de grandeur, assiettes et tasses bien rangées sur les vaisseliers. Reste à comprendre le scénario exact du drame...

 

Article rédigé par Véronique Michel
Redactrice-Veronique-Michel

Diplômée de l’Ecole du Louvre et titulaire de l'agrément de conférencier du Ministère du Tourisme et de la Culture, elle a travaillé pendant dix ans pour la galerie parisienne Marwan Hoss. Installée en Espagne depuis 1997, elle est chargée de conférences en Histoire des arts, cultures et religions du monde à l’Institut Français de Barcelone.

 
 


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