Sealand, le royaume improbable

 

Fantôme à l’horizon

 

L’espace maritime ne manque pas de surprises. Au point géographique où Angleterre et Pays-Bas se toisent, à quelques encablures de Felixstowe (comté de Suffolk), l’un des ports de conteneurs les plus grands d’Europe, siège un lieu improbable qui ne manquera pas d’éveiller la curiosité des plaisanciers en quête d’histoires rocambolesques. Par jour de brume, passez votre chemin si vous êtes d’humeur morose, la silhouette inquiétante du corps monstrueux de Sealand risquant de vous hanter pendant un temps certain... Sealand ? Deux piliers titanesques plantés on ne sait comment au milieu de nulle part, chapeautés non pas d’un haut-de-forme délicieusement british mais d’un plateau disgracieux de la taille d’un terrain de football. De quoi parle-t-on ici ? D’une ancienne plateforme militaire désaffectée, construite en pleine mer par la Royal Navy pendant la Seconde Guerre Mondiale et baptisée du doux nom de HM Fort Roughs. Sa mission ? Protéger Londres et les côtes anglaises des menaces aériennes de la Luftwaffe.

 

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HM Fort Roughs

 

Crise de la quarantaine

 

Feu Monsieur Roy Bates, sujet de Sa Majesté né en 1922 et décédé en 2012, a logiquement 23 ans au sortir du conflit et 44 ans en 1966, date à laquelle une lubie lui prend. Ancien militaire de l’armée britannique, l’homme n’en est pas moins pittoresque. Un an avant le mythique « Summer of Love » de San Francisco (1967) qui défraiera la chronique avec la mise en scène quasi pyrotechnique de la contre-culture hippie, Roy est lui d’humeur libertarienne. Il compte bien écouter ce qu’il veut, en toute liberté... via une radio pirate, comme de nombreux opposants à l’ordre social de ces temps-là. « Vaste programme » aurait dit le général de Gaulle... ou plutôt mission impossible. Car après les harangues radiophoniques d’Adolphe Hitler, certes haineuses et mortifères mais très mobilisatrices, la Seconde Guerre Mondiale fut aussi une guerre des ondes. Tout y fut tellement dit, mensonge contre mensonge, propagande contre propagande, qu’au sortir du conflit, de nombreux États firent de la radio un monopole absolu. C’était sans compter sur Roy...

 

sealand

 

Sa Majesté des flots

 

Tandis qu’en Californie la fête bat son plein, Roy Bates cherche un vide juridique territorial, qu’il trouve... à Fort Roughs, construit (illégalement) hors des eaux territoriales britanniques. Ce lieu fantasmagorique devient alors siège d’une radio pirate, puis se transforme le 2 septembre 1967... en principauté de Sealand (!), non reconnue auprès de la Cour internationale de Justice, c’est évident. Peu importe pour prince Roy et princesse Joan, son épouse. Le labeur est à la création de leur propre outillage étatique : Constitution, drapeau, monnaie, hymne national... Si Louis XIV avait pu se targuer de disposer d’escaliers royaux pour accéder à ses appartements, Leurs Majestés de Sealand atteignent le haut de la plateforme par une assise folklorique motorisée, au cœur d’une mer du Nord décoiffante. Fonder une monarchie offshore nécessite des sacrifices... Alors ? Sealand, une histoire pour rire ? La circonspection s’impose car nombreux sont ceux qui, éthiques ou moins éthiques, cherchent des "Terra Nullius" pour y héberger leurs affaires, des pirates du web, entre autres... Espérons que le fils Bates, héritier du lieu, en est conscient...

 

Site web de la principauté : https://sealandgov.org/

 

Article rédigé par Véronique Michel
Redactrice-Veronique-Michel

Diplômée de l’Ecole du Louvre et titulaire de l'agrément de conférencier du Ministère du Tourisme et de la Culture, elle a travaillé pendant dix ans pour la galerie parisienne Marwan Hoss. Installée en Espagne depuis 1997, elle est chargée de conférences en Histoire des arts, cultures et religions du monde à l’Institut Français de Barcelone.

 
 


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