Un bateau, un artiste, des détresses

 

Migrant d’hier

 

Les hasards du calendrier font souvent réfléchir, particulièrement au mois de septembre où se niche un jour honorant la dignité humaine : le 27. À cette date sera célébrée en 2020 la 106e Journée Mondiale du Migrant et du Réfugié, consacrée aux personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays. La décision d’inscrire dans le temps un espace de réflexion sur l’hospitalité envers le migrant remonte à 1914, alors que la Grande Guerre s’embrase. L’initiative revient au pape Benoît XV, soucieux du destin tragique des Italiens de France, d’Allemagne et d’Autriche-Hongrie, subissant de plein fouet les soubresauts de l’histoire, l’Italie ayant soudé son destin à celui des puissances germaniques par la signature en 1882 de la Triple Alliance. Début août 1914, nombre d’Italiens de France sont expulsés et se réfugient vers la frontière helvétique, conspués par certains car selon le douloureux principe du bouc émissaire, le migrant - de l’intérieur où d’ailleurs - incarne les dysfonctionnements du monde.

 

 

Migrant d’aujourd’hui

 

Été 2020. À Burriana (Espagne), petite ville de la côte del Azahar au nord de Valence, les habitués du port s’interrogent. Depuis plusieurs mois, pêcheurs, plaisanciers, badauds ont repéré un étrange navire baptisé d’un nom bien français, Louise Michel, en référence à la célèbre militante anarchiste du XIXe siècle. Si le nom laisse perplexe, la couleur du bateau aussi : un rose fushia en harmonie audacieuse avec le bleu profond de la Méditerranée. La couleur esquisse sur la coque de vastes graffitis et un mot : « RESCUE ». À bâbord, l’image d’une petite fille, bien connue des collectionneurs d’art contemporain, est peinte en noir, de profil, cheveux au vent, gilet de sauvetage en guise de collier, levant au ciel une bouée rose et blanc, comme une guimauve gonflée à l’hélium. Les habitants de Burriana auraient pu en sourire mais cette image en apparence insouciante est l’œuvre d’un artiste britannique éminemment engagé et influent dans la création contemporaine : le mystérieux Banksy, maître du street art aux images militantes.

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Un bateau pour ne pas pleurer

 

Banksy est insaisissable. On ne connait pas son visage. Il laisse par-ci par-là trace de son passage et de ses combats, allant du « simple » pochoir sur un mur à l’aménagement d’un hôtel à Bethléem, le « Walled Off », revendiqué comme ayant "la pire vue au monde", le mur entre Israël et la Cisjordanie. Son objectif, en graffant le bateau Louise Michel, est d’apporter une aide au secours des migrants non-européens et forcer les regards sur leur détresse. Tout commence en 2019 quand Banksy propose à Pia Klemp, activiste allemande pour les droits de l’homme, d’acheter un navire et de le signer afin de l’utiliser pour répondre aux appels des migrants en difficulté. La militante accepte. Après des mois d’attente et/ou de préparation dans le port très discret de Burriana, le bateau s’éloigne des côtes espagnoles le 18 août 2020 pour tenter de sauver les centaines de migrants en perdition en Méditerranée centrale. Le 30 août, opération réussie. Le problème n’en reste pas moins abyssal. À débattre le 27 septembre qui est aussi... journée mondiale du tourisme. Rire ou pleurer ?

 

Article rédigé par Véronique Michel
Redactrice-Veronique-Michel

Diplômée de l’Ecole du Louvre et titulaire de l'agrément de conférencier du Ministère du Tourisme et de la Culture, elle a travaillé pendant dix ans pour la galerie parisienne Marwan Hoss. Installée en Espagne depuis 1997, elle est chargée de conférences en Histoire des arts, cultures et religions du monde à l’Institut Français de Barcelone.

 
 


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