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portrait souriant de Charlie Dalin en chemise blanche au logo MACIF, des lunettes de soleil relevées sur le front, devant l'étrave de son IMOCA sur le ponton de Lorient La Base, sur un fond bleu flouté en bannière

Charlie Dalin : hommage à un marin d'exception

Le 14 janvier 2025, aux premières lueurs du jour, une foule immense se presse sur le chenal des Sables-d'Olonne. Elle est venue accueillir un homme qui vient d'entrer dans la légende. Charlie Dalin franchit la ligne d'arrivée du Vendée Globe en vainqueur, au terme de 64 jours de mer et d'un record pulvérisé. Ce que beaucoup ignorent encore ce matin-là, c'est que sa victoire est double : pendant que son bateau filait autour du monde, le marin livrait un autre combat, silencieux, contre la maladie.

Un peu plus d'un an après ce triomphe, le 11 juin 2026, Charlie Dalin s'est éteint à l'âge de 42 ans. Chez Filovent, nous rendons hommage à ce marin d'exception, barreur de génie et ingénieur méticuleux. Son parcours restera une leçon de courage et d'élégance.

Le portrait d'un homme entre deux rivages

Charlie Dalin naît le 10 mai 1984 au Havre, en Normandie. Rien ne le destinait pourtant à devenir l'un des plus grands navigateurs de sa génération. Il aimait d'ailleurs le rappeler avec humour : il se considérait issu d'une famille de « terriens » plutôt que de « marins ».

Une vocation née à 6 ans, entre Normandie et Bretagne

Sa vie est l'histoire de deux rivages. Celui de la Normandie, d'abord, où il grandit et passe son enfance au Havre. Celui de la Bretagne, ensuite, qui deviendra sa terre d'adoption et le berceau de sa carrière.

C'est à Crozon, dans le Finistère, lors de vacances en famille, qu'il monte pour la première fois dans un Optimist, à l'âge de 6 ans. Le déclic est immédiat. Vers 15 ans, il s'aligne sur le championnat de France en 420, et la passion ne le quittera plus jamais.

Charlie Dalin, en veste sombre, debout dans le cockpit de son voilier Figaro à quai lors de la Solitaire du Figaro 2012 à Paimpol, en discussion avec deux personnes au milieu des cordages, entouré de pavillons de course
Charlie Dalin à bord de son Figaro lors de la Solitaire du Figaro 2012, à Paimpol (Source : Barbetorte, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons)

Un marin doublé d'un architecte naval

Mais Charlie Dalin n'était pas seulement un homme de barre. C'était aussi un esprit scientifique. En 2002, il part étudier à la prestigieuse Université de Southampton, en Angleterre, dont il sort diplômé architecte naval en 2006, à seulement 22 ans.[1]

Cette double casquette, marin et ingénieur, fera toute sa singularité. Là où beaucoup de skippers subissent leur bateau, lui le comprenait de l'intérieur, dans la moindre courbe de carène et le moindre réglage de foil. Il pouvait concevoir, optimiser et exploiter sa monture jusque dans ses plus infimes détails. Cette intelligence du bateau deviendra sa marque de fabrique.

Un compétiteur pudique, une vie de famille à Concarneau

Sur le plan humain, ceux qui l'ont côtoyé décrivaient un homme posé, réservé, presque timide dans le privé, mais pédagogue et volontiers passionné dès qu'il s'agissait de voile. Sur les pontons, il s'était forgé une réputation de technicien rigoureux, pugnace et résilient. Sa force était intérieure, et il avançait sans jamais brûler les étapes.

C'est en Bretagne, à Concarneau, qu'il avait choisi de construire sa vie de famille, dans ce Finistère Sud qui est le cœur battant de la course au large. Il partageait sa vie avec Perrine Le Pape, fille de Christian Le Pape, l'ancien directeur et cofondateur du Pôle Finistère Course au Large, qui a formé tant de champions. Ensemble, ils avaient un fils, Oscar. Derrière le compétiteur acharné, on devinait un père profondément attaché aux siens.

Des débuts précoces à l'école du Figaro

Les premières victoires

Avant les projecteurs du Vendée Globe, il y a eu des années d'apprentissage exigeantes. Dès 2007, Charlie Dalin se fait remarquer en remportant la Transgascogne en double avec Laurence Château, avant de récidiver en solitaire en 2009.

Ces premières victoires révèlent déjà un trait de caractère : la régularité. Il ne gagne pas par éclairs de génie, mais par maîtrise et préparation.

La grande école du Pôle Finistère

Le tournant arrive en 2011, lorsqu'il intègre le Pôle Finistère Course au Large de Port-la-Forêt. Ce centre d'entraînement n'est pas un lieu comme les autres : c'est la grande école du large français, celle qui a forgé la plupart des champions du Vendée Globe. Le jeune Dalin y débute sur le circuit Figaro Bénéteau, le passage quasi obligé de tous les futurs grands.

Le talent éclate vite. Dès sa deuxième saison, en 2012, il remporte la Transat AG2R La Mondiale aux côtés de Gildas Morvan, une transatlantique en double reliant Concarneau à Saint-Barthélemy, dans les Antilles.

Les années suivantes confirment l'étendue de son talent. Il est sacré à deux reprises Champion de France Élite de course au large en solitaire, en 2014 puis en 2016, le titre le plus convoité de la discipline. Sur la Solitaire du Figaro, l'épreuve à étapes la plus relevée du circuit, il monte cinq fois sur le podium. Une régularité au sommet qui le classe d'emblée parmi les valeurs les plus sûres de la course au large.

Le passage en IMOCA et le sacre manqué de 2021

Le grand saut vers les bolides du large

Charlie Dalin découvre la classe IMOCA dès 2015, en terminant troisième de la Transat Jacques Vabre en duo avec Yann Eliès. Mais c'est en 2018 que tout s'accélère : Apivia et Macif lancent à ses côtés un programme de quatre ans sur le circuit IMOCA, avec en ligne de mire le Vendée Globe.[2]

Ces monocoques de 60 pieds équipés de foils sont les bolides du large, les seuls à disputer le grand tour du monde. Leur pilotage exige autant de nerfs que de cerveau. Le bateau, baptisé Apivia, est mis à l'eau à Lorient en août 2019 et entame sa première saison la même année.[3]

Dès cette saison inaugurale, le marin havrais s'impose sur la Transat Jacques Vabre, à bord d'Apivia et toujours avec Yann Eliès. La symbolique est forte : cette mythique transatlantique en double s'élance précisément du Havre, sa ville natale. Pour un homme aussi attaché à ses racines, gagner depuis son port d'enfance avait une saveur particulière.

Vendée Globe 2020-2021 : premier sur l'eau, deuxième au classement

Vient alors le Vendée Globe 2020-2021, son premier tour du monde en solitaire. Il faut rappeler ce qu'est cette course pour mesurer l'enjeu : un tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance, par les trois caps, à travers les mers les plus hostiles de la planète. On la surnomme l'Everest des mers, et elle ne pardonne aucune faiblesse.

Donné parmi les favoris, Dalin mène la flotte pendant 37 jours et franchit le premier la ligne d'arrivée aux Sables-d'Olonne, au terme de 80 jours de mer. Et pourtant, il ne gagne pas. C'est l'un des dénouements les plus cruels de l'histoire de l'épreuve : il est classé deuxième, derrière Yannick Bestaven, qui bénéficie d'une compensation de temps pour avoir dérouté afin de participer au sauvetage de Kevin Escoffier, dont le bateau s'était brisé dans le grand Sud.

Premier sur l'eau, deuxième au classement. Ce dénouement, Charlie Dalin l'encaisse avec dignité, et en fait le moteur de sa revanche.

Les saisons suivantes confirment sa domination. À bord d'Apivia, qu'il connaît désormais sur le bout des doigts, il enchaîne les premières et deuxièmes places, remporte deux fois la Rolex Fastnet Race, en 2021 puis en 2023, l'une des plus anciennes régates au large en équipage, et termine deuxième de la Route du Rhum 2022. Puis, en juin 2023, il franchit une nouvelle étape en mettant à l'eau un IMOCA flambant neuf, le Macif Santé Prévoyance, conçu pour aller chercher le titre suprême.

l'IMOCA 60 bleu et blanc Macif Santé Prévoyance de Charlie Dalin amarré à un ponton dans un port, voiles affalées et grand mât dressé, au milieu d'une forêt de mâts de voiliers sous un ciel bleu
Le Macif Santé Prévoyance, l'IMOCA mis à l'eau par Charlie Dalin en 2023, à quai (Source : Shutterstock)

La consécration : le Vendée Globe 2024-2025

Une préparation de favori

Avec son nouveau bateau et une faim de revanche intacte, Charlie Dalin prépare son deuxième Vendée Globe de manière exemplaire. En 2024, il enchaîne les références : quatrième de la Transat CIC, premier de la New York-Vendée, premier du Défi Azimut.

Ces courses ne sont pas de simples galops d'essai. Ce sont les épreuves qui valident la qualification et permettent de jauger la fiabilité du bateau avant le grand départ. Dalin y arrive en tête, dans la peau du favori.

La victoire record

Le 10 novembre 2024, il s'élance des Sables-d'Olonne. Dès la fin du mois de décembre, il prend la tête de la course et ne la lâchera plus jusqu'au bout.

Le 14 janvier 2025, il franchit la ligne d'arrivée en grand vainqueur, bouclant son tour du monde en 64 jours, 19 heures et 22 minutes. Le chiffre est vertigineux : il améliore de plus de neuf jours l'ancien record de l'épreuve. Pour ce marin patient, longtemps deuxième, c'est l'aboutissement d'une vie entière, le Graal enfin conquis.[4]

le voilier IMOCA bleu et jaune Macif Santé Prévoyance de Charlie Dalin remonte le chenal des Sables-d'Olonne, escorté par une nuée de bateaux suiveurs, sous les acclamations d'une foule immense massée sur les quais
Charlie Dalin franchit la ligne d'arrivée du Vendée Globe, aux Sables-d'Olonne, en janvier 2025 (Source : Shutterstock)

Le combat tenu secret

Mais la véritable dimension de cet exploit n'apparaîtra que plus tard. Car Charlie Dalin a couru et gagné ce Vendée Globe en portant un lourd secret. À l'automne 2023, plus d'un an avant le départ, on lui avait diagnostiqué une tumeur stromale gastro-intestinale, un cancer digestif rare.[5]

Il a préparé sa course, pris le départ et accompli son tour du monde sous traitement, sans jamais l'évoquer publiquement, sans rien laisser paraître. Affronter seul l'océan Austral est déjà un défi hors norme. Le faire en menant en parallèle un combat aussi intime force un respect immense, et donne à cette victoire une résonance qui dépasse de loin le seul terrain du sport.

Le combat, le livre et l'héritage

Transmettre jusqu'au bout

De retour à terre, Charlie Dalin ne baisse jamais les bras. Opéré lourdement environ six semaines après son arrivée, il poursuit son traitement avec la même rigueur qu'il mettait à préparer ses courses.

Le 9 octobre 2025, il publie un récit sobrement intitulé La force du destin, coécrit avec le journaliste Didier Ravon. Loin de tout sensationnalisme, il y raconte avec retenue son enfance, ses deux Vendée Globe et son combat contre la maladie. Son message, en filigrane, tient en quelques mots : il faut toujours croire en ses rêves, persévérer, et ne jamais laisser quiconque vous dire que c'est impossible.

En décembre 2025, le monde de la voile lui rend hommage en l'élisant Marin de l'année. Plutôt que de raccrocher, il choisit de transmettre, en restant au sein de l'équipe Macif comme conseiller architecte naval et consultant performance. Il s'entraîne, retourne à la musculation plusieurs fois par semaine, parle de guérir et de retrouver la mer. Mais en janvier 2026, lucide, il renonce à la Route du Rhum et à la saison à venir pour se concentrer sur son rétablissement.

l'IMOCA Macif Santé Prévoyance de Charlie Dalin amarré à un ponton, une grande voile dressée portant le portrait du skipper et le logo MACIF, des visiteurs observant le bateau depuis le quai
L'IMOCA Macif Santé Prévoyance de Charlie Dalin aux Sables-d'Olonne, avant le Vendée Globe 2024-2025 (Source : Like tears in rain, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons)

Ce qu'il laisse

Charlie Dalin s'est éteint à Quimper, dans la nuit du 10 au 11 juin 2026, à l'âge de 42 ans. Sa famille a annoncé sa disparition, saluant un mari et un marin exceptionnel, et invitant chacun à respecter l'intimité de ses proches. Le monde de la voile, lui, perd un champion d'une rare élégance.

Son héritage dépasse largement le palmarès. Il laisse l'image d'un homme humble et travailleur, qui a prouvé que l'on pouvait être à la fois ingénieur et conquérant, cérébral et audacieux. Il laisse surtout une leçon de ténacité tranquille, celle d'un marin qui aura mené ses combats, sur l'eau comme à terre, avec la même dignité.

Chez Filovent, comme chez tous les passionnés de régate et de navigation, nous garderons longtemps le souvenir de ce grand monsieur de la mer. Bon vent, Charlie.

 

Sources

Sources utilisées pour la rédaction de cet article :

Crédit photo de couverture : Jug81, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

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